Salon du livre en forêt de Grasla

Charmant salon du livre lancé il y a quelques années en forêt de Grasla, dans le bocage vendéen.

Tables rondes et interviews d’auteurs pour ce qui me concerne.

Comme ici, avec Pierre Péan:

 

Les petits gens méprisés n’ont pas de nom. Et pour beaucoup pas de tombe non plus.

Dans son livre (Une blessure française), ce n’est pas Pierre Péan qui en parle, mais les témoins de l’époque : le général Westermann, soldat discipliné :

« Suivant les ordres que vous m’avez donnés, j’ai écrasé les enfants sous les pieds des chevaux, massacré des femmes qui, au moins pour celles-là, n’enfanteront plus de brigands. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé ».

 

ou encore ce médecin, le chirurgien Thomas, qui travaillait dans les différentes geôles nantaises, notamment à l’Entrepôt, la plus grande et la plus sordide de toutes :

« Je trouvai en entrant dans cette affreuse boucherie une grande quantité de cadavres épars ça et là ; je vis des enfants palpitants ou noyés dans des baquets pleins d’excréments humains ; mon âme était brisée. Je traverse des salles immenses, mon aspect fait frémir les femmes. Elles ne voyaient d’autres hommes que leurs bourreaux ; je les rassure, je leur parle le langage de l’humanité, je constate la grossesse de trente d’entre elles ; plusieurs étaient grosses de sept à huit mois… Quelques jours après, je vins revoir ces femmes que leur état rendaient sacrées et chères à l’humanité… Aurai-je la force d’achever ?… Ces malheureuses avaient été précipitées dans les flots. Mais plus j’avance sur ce théâtre de sang, plus la scène devient affreuse… »  (…)

 

C’est toute la force de ce livre. De commencer par ces chapitres forts, par cette épouvantable odeur de mort.

 

Nous sommes en 1793-1794, la Terreur règne dans les départements de l’Ouest. Des dizaines de milliers de « monstres », paysans et ruraux, pauvres dans leur grande majorité, sont liquidés. Pierre Péan mène l’enquête depuis son village de  Maumusson, près d’Ancenis, terre qui lui est chère car celle de ses ancêtres. Et il arrive à établir que ces soulèvements populaires ne sont pas la résistance fanatique de quelques paysans ignares, asservis par une religion et des aristocrates obscurantistes, mais de sortes de précurseurs des mouvements sociaux. Ces soulèvements populaires réagirent, selon Pierre Péan, autant à l’atteinte à la liberté de culte (la constitution civile du clergé) qu’à la paupérisation des campagnes organisée par la bourgeoisie conquérante des villes.

Une blessure française, de Pierre Péan, éditions Fayard

 

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